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Tchad: Rapport Final de l'Enquête SMART 2018

 RESUME 

Le Ministère de la Santé Publique à travers la Direction de la Nutrition et de Technologie Alimentaire (DNTA), en collaboration avec l’UNICEFa réalisé pour la quatrième fois une enquête nationale de nutrition selon la méthodologie SMART, couvrant toute l’étendue du territoire tchadien. En plus des indicateurs habituels qui sont ceux anthropométriques et ceux de la mortalité, cette enquête nationale a été également élargie à d’autres indicateurs tels que l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE), l’Anémie chez les enfants et les femmes, la morbidités des enfants, l’Eau Hygiène et Assainissement, la couverture en Moustiquaire et les caractéristiques socioéconomiques des ménages enquêtés. 

Il s’agit d’une enquête statistique de portée nationale réalisée avec une périodicité annuelle. Cette dernière constitue la douzième édition des enquêtes SMART au Tchad depuis celle de 2010 mais la quatrième à couverture nationale. C’est une enquête transversale basée sur un sondage en grappes à deux degrés, dont le calcul des tailles d’échantillon et le tirage des grappes ont été effectués à l’aide du logiciel ENA version de Juillet 2015. Au total 798 grappes ont été incluses dans l’échantillon soient 13238 ménages enquêtés au sein desquels 12364 enfants de moins de 5 ans et 9892 femmes ont été mesurées. La sélection des ménages enquêtés dans les villages ou quartiers a été effectuée par un tirage aléatoire systématique en appliquant un pas de sondage. Au sein de chaque ménage sélectionné tous les enfants âgés de 0 à 59 mois ont été inclus dans l’échantillon. Les principales données collectées et analysées chez les enfants étaient: le sexe, l’âge, le poids, la taille, les oedèmes, le périmètre brachial, le taux d’hémoglobine. Chez les femmes âgées de 15 à 49 ans, les données collectées étaient : l’âge, le périmètre brachial, le statut de grossesse et d’allaitement. Les données sur l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE) ont été collectées auprès des mères d’enfants âgés de 0 à 23 mois. Les données de mortalité étaient aussi collectées auprès de chaque ménage inclus dans l’échantillon. 

La collecte des données a été réalisée grâce aux smartphones via l’application KoBo Collect. Les données saisies sont envoyées de façon quotidienne sur la plateforme afin d’analyser la qualité et la complétude permettant ainsi de faire le retour aux superviseurs et chefs d’équipe au fur et à mesure que la collecte se déroulait sur le terrain. 

L’analyse finale des données anthropométriques des enfants de moins de 5 ans a été conduite suivant les recommandations de la méthodologie SMART. Les mesures anthropométriques individuelles des enfants ont été comparées à des valeurs de références internationales (Standards OMS 2006). 

Selon les principaux résultats issus de cette enquête, la prévalence nationale de la malnutrition aigüe globale selon le l’indice Poids/Taille (P/T<-2 Zscore et/ou OEdèmes) est de 13,5% (12,6 - 14,5) chez les enfants âgés de 6 à 59 mois. Selon la classification de l’OMS 2006, cela correspond à une situation nutritionnelle alarmante. 

D’après l’analyse des 9 résultats du même indicateur par région (strate), la situation est acceptable dans la région de Mandoul avec une prévalence inférieure à 5%. Les régions de Logone oriental, Logone Occidental, Mayo Kebbi Est, Mayo Kebbi Ouest, Moyen Chari, et Tandjilé affichent des prévalences de la MAG entre 5,0% et 9,9% les plaçant dans une situation nutritionnelle précaire.
Ces dernières sont suivies par celles où la situation nutritionnelle est alarmante avec une prévalence de MAG comprise entre 10,0% et 14,9%. Ce sont les régions de Chari Baguirmi, Lac, Tibesti et N’Djaména. En fin les régions où les prévalences de la MAG dépassent le seuil d’urgence de 15% telles que le Sila,Salamat, Batha, Guéra, Wadi Fira, Kanem, Barh El Gazal, Hadjer Lamis, Ouaddaï,Borkou, Ennedi Est et Ennedi Ouest se trouvent dans une situation critique. 

La prévalence nationale de la malnutrition aigüe basée sur le périmètre brachial (PB<125 mm) est de 6,7% (6,0 - 7,2) chez les enfants âgés de 6 à 59 mois. La prévalence par région est apparue variable d’une région à une autre avec des valeurs extrêmes allant de 1,6% (0,7 - 3,5) au Moyen Chari à 10,6% (7,5 – 14,7) dans le Tandjilé. 

La prévalence nationale du retard de croissance selon l’indice Taille/Age (T/A<-2 Zscore) est de 31,9% (30,6 - 33,2). Cela correspond à une situation alarmante sur l’échelle de classification de l’OMS 2006. Les prévalences régionales oscillent entre 10,1% (4,9-19,6) au Tibesti et 48,2% (43,0-53,4) dans la région du Lac. L’appréciation de la situation au niveau des régions a montré une situation variable d’une région à une autre avec quatre types de situations allant d’acceptable à critique en passant par précaire et sérieuse. 

La prévalence sur l’insuffisance pondérale selon l’indice Poids/Age (P/A<-2 Zscore) est de 24,7% (23,5 - 26,0) au niveau national. Cette prévalence nationale correspond à une situation alarmante. Alors qu’au niveau des régions la prévalence varie d’une région à une autre avec 7,5%(5,3-10,3) au Mandoul et 40,7% (34,6-47,1) au Kanem. 

La situation nutritionnelle des femmes en âge de procréer a été aussi évaluée à travers la mesure du périmètre brachial. Les résultats ont montré qu’au niveau national 2.5% (2.2-2.9) des femmes en âge de procréer souffraient d’un déficit pondéral global au seuil de PB < 210 mm. Cette prévalence variait d’une région à une autre. 

L’évaluation de la mortalité rétrospective dans la population générale a révélé des taux de mortalité brut dépassant le seuil d’urgence de 1 décès pour 10000 personnes par jour, dans les régions de Salamat, Sila,Batha et Logone Oriental. Les taux de mortalité spécifiques chez les enfants de moins de cinq ans étaient supérieurs au seuil d’urgence de 2 décès pour 10000 personnes par jour dans les régions de Tibesti, Logone Occidental et le Logone Oriental. 

La couverture de la vaccination contre la rougeole reste très faible au niveau national avec seulement 69,2% (66,9-71,5) des enfants de 9 à 59 mois vaccinés. Cette couverture est très inférieure au taux efficace de 90% de celle recommandée par l’OMS pouréviter des flambées épidémiques de rougeole. Les régions du Logone Occidental, du Mayo Kebbi Ouest et du Tandjilé se distinguent des 10 autres régions en affichant des taux de couverture supérieure à 90%. 

De même que la vaccination anti rougeole, la couverture de la supplémentation en vitamine A (64,3% (61,6-66,8)) et la couverture du déparasitage (59,9% (56,9-62,8)) restent faibles au niveau national. A l’exception de la région du Logone Occidentale qui affiche une couverture du déparasitage de 90,0% (85,3-93,3) comme recommandée par l’OMS. 

Par ailleurs, 87,3% (84,5-89,6)des femmes allaitent leur bébé jusqu’à un an et au-delà. Cependant, la qualité des pratiques n’est pas bonne avec moins d’une femme sur six qui pratique l’allaitement exclusif (17,7% (15,0-20,8)). Sur toute l’étendue du territoire,seulement un enfant de 0 à 23 mois sur huit soit 13,3% (11,7-15,0) à une alimentation dite acceptable. 

L’anémie est un problème de santé publique au Tchad. Selon la classification de l’OMS deux enfants sur trois (soit 65,6% des enfants de 6 à 59 mois) sont anémiés et deux femmes sur cinq (respectivement 43,6% et 41,6% des FAP non enceintes et des FAP enceinte) âgées de 15 à49 ans sont anémiées. 

Les résultats de cette enquête ont montré que les chefs de ménage étaient a 84,5% mariés, ils ne savaient ni lire ni écrire dans 63,5% des cas, et leur principale source de revenu était l’agriculture dans 61,4% des cas. 

Concernant la possession d’une moustiquaire, il est ressorti des résultats qu’au niveau national 80,9% (78,6 - 83,0) des ménages enquêtés possédaient au moins une moustiquaire dont 63,1% (60,7 - 65,5) sont des MILDA. Le nombre moyen de moustiquaire par ménage était de 1,8 avec une utilisation moyenne de 2,4 personnes par moustiquaire. 

L’évaluation des indicateurs d’Eau Assainissement et Hygiène a révélé que 61,2% (57,9 - 64,4) des ménages enquêtés au niveau national s’approvisionnaient en eau de boisson à partir d’une source d’eau améliorée mais seulement 14,7% utilisaient des toilettes améliorées. 

Des principaux résultats ci-dessus découlent les recommandations qui suivent : 

1. Sauver les vies 

- Soigner les personnes sévèrement malnutries (malnutrition aigüe) ; il faut renforcer la prise en charge des cas de MAS ; 

- Renforcer la surveillance nutritionnelle à travers le système de routine et l’organisation des séances de dépistages périodiques (évènementielles) par des séances de screening exhaustif de toutes les cibles (enfants et femmes enceintes et/ou allaitantes) dans certaines localités des régions les plus touchées; 

- Organiser une enquête SMART nationale par an afin de continuer le suivi de la situation nutritionnelle dans le temps, 

- Dans le cas du Tchad, accélérer le passage à l’échelle de la PEC des cas de MAS ; 

2. Prévenir la mortalité 

- Soigner les personnes modérément malnutries 

- Assurer une alimentation suffisante en quantité et en qualité à la population (mettre en oeuvre des interventions préventives telles que la distribution ciblée de vivres aux enfants de moins de 5ans) ; 

- Assurer les services de soins maternelle et infantile ; 

- Développer des stratégies de renforcement de programme de vaccination et des campagnes de supplémentations pour l’atteinte de couvertures supérieures à 90% ; 

3. Prévenir la malnutrition en intervenant sur ses causes. 

- Il est nécessaire d’utiliser une approche multisectorielle pour résoudre les problèmes de nutrition en se focalisant sur les 1000 premiers jours ; il faudra donc accélérer le processus de passage à l’échelledes interventions ANJE ; 

- un passage à l’échelle de la fortification à domicile semble nécessaire au vue de la prévalence de l’anémie chez les enfants ; 

- Il faut renforcer la réponse multisectorielle en investissant simultanément sur les secteurs sensibles à la nutrition tel que : 

o La sécurité agricole et alimentaire ; 

o La protection de l’enfance ; mettre en place un programme de dotation universel d’acte de naissance et de carnet de vaccination à tous les enfants ; 

o Les filets sociaux (le ciblage des personnes vulnérables) ; 

o L’autonomisation des femmes, 

o Les services de santé maternelle et infantile ; 

o La scolarisation ; 

o L’eau l’assainissement et l’hygiène ; 

Une analyse des bases existantes pourra servir de base pour prioriser les interventions.  

Espace(s): 
Organisation: 
Fonds des Nations Unies pour l'enfance
Government of Chad
Cluster / Secteurs: 
Date de publication initiale: 
29 jan 2019
Type de Document: 
Rapports
Bureaux de Coordination: 
N'Djaména