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Niger- Rapport final de l'enquête nationale de nutrition avec la méthodologie SMART, 2018

Introduction

Cette enquête s’inscrit dans le cadre du suivi et du monitorage de la situation nutritionnelle que s’est proposé le Ministère de la Santé, en collaboration avec ses partenaires techniques et financiers notamment l’UNICEF et le PAM ainsi que les membres du Groupe Technique Nutrition au Niger (GTN). Il s’agit d’une enquête nutritionnelle basée sur la méthodologie SMART avec une représentativité à la fois au niveau régional et national, avec une désagrégation au niveau départemental dans la région de Diffa, des sites des déplacés ainsi que dans les camps des réfugiés (Diffa, Tillabéry et Tahoua).

Après avoir réalisé une série d’enquêtes avec couverture nationale à représentativité régionale, les partenaires ont manifesté le besoin d’avoir des données au niveau des départements de la région de Diffa en plus du niveau régional. Ceci permet de renforcer le système de suivi régulier de la situation nutritionnelle mis en place depuis plusieurs années dans cette région particulièrement sensible en état d’urgence. La réalisation de cette enquête nationale est une opportunité pour l’état du Niger et l’ensemble des partenaires du secteur de la nutrition d’avoir des données actualisées et valides non seulement pour toutes les régions mais aussi pour l’ensemble du pays au même moment.

Objectifs

L'objectif global de cette enquête était d'évaluer l'état nutritionnel des enfants de moins de cinq (5), la mortalité rétrospective dans la population générale et chez les enfants de moins de 5 ans ainsi que les facteurs contribuant à la malnutrition comme les morbidités (diarrhée et fièvre), la couverture de la vaccination anti rougeoleuse, les pratiques d’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE) et la consommation de sels iodés dans les ménages sur toute l’étendue du territoire nigérien ainsi que dans les camps des réfugiés maliens et nigérians et des sites des déplacés internes de Diffa.

Méthodologie

L’enquête est conduite suivant la méthodologie SMART, une méthode d’enquête, standardisée et simplifiée avec saisie en temps réel des données sur le terrain afin d’améliorer la qualité des informations collectées.

Résultats

Prévalence de la malnutrition aigue

Les résultats ont montré que la prévalence de la malnutrition aigüe globale (MAG) est de 15,0% IC à 95% [13,6-16,6] et celle de la malnutrition aigüe sévère (MAS) est de 3,2% IC à 95% [2,6 - 3,9]. Cette prévalence de MAG correspond à une situation critique sur l’échelle de classification de l’OMS. La prévalence de la MAG n’est pas homogène au niveau des strates (région, département et camps). Elle varie d’une strate à une autre. Le département de Mainé Soroa et la région de Zinder ont eu la prévalence la plus élevée avec 20,7% et 19,2 respectivement. Les régions de Tahoua (16,4%), Maradi (15,7%), le département de N’Gourti (16,6%) et les camps de Tabareybarey (16,1%) et d’Abala (15,8%) ont eu également des taux dépassant le seuil critique de 15%. Les régions de Diffa (13,7%), Tillabéry (12%), les départements de Diffa (12,6%), Goudoumaria (12,2%) et les sites des déplacés (10,2%) ainsi que les camps des réfugiés d’Intikane (12,1%), Mangaizé (12%) et Sayam Forage (13,1%) sont dans une situation sérieuse, avec une prévalence située dans la fourchette de 10-14%. Les régions d’Agadez, Dosso (9,8%) et Niamey (9,1%) ainsi que le département de Nguigmi (8,7%) ayant enregistré une prévalence de MAG située dans l’intervalle de 5-9% sont dans une situation précaire.

La prévalence de la malnutrition aigüe sévère au niveau national est de 3,2% IC à 95% [2,6 - 3,9], ce qui dépasse le seuil de 2%. Ce seuil a été dépassé dans toutes les strates exceptées dans les régions de Niamey (1,5%) et de Dosso (1,8%), les départements de Goudoumaria, N’Gourti et Nguigmi et le camp des réfugiés d’Intikane.

Prévalence de la malnutrition chronique

La prévalence nationale de la malnutrition chronique est de 47,8% IC à 95% [45,2 - 50,5]. Cette prévalence correspond à une situation critique sur l’échelle de classification de l’OMS. Comme pour la malnutrition aiguë, les strates ne sont pas dans une situation homogène par rapport à la malnutrition chronique avec des prévalences variant de 18,6% dans la ville de Niamey à 63,0% dans la région de Zinder. On observe une détérioration de la situation de la malnutrition chronique des enfants de moins de 5 ans du Niger si on considère les résultats de l’enquête SMART 2016 où cette prévalence était de 42,2% [38,8-45,6]. La partie sud du pays est la plus touchée où elle affecte plus d’un enfant sur deux dans deux régions (Maradi et Zinder). Pour le cas spécifique de la région de Diffa, on enregistre une prévalence de malnutrition chronique de 42,2% contre 37,8% en 2017. Le département de Diffa est le plus touché avec une prévalence de retard de croissance de 48.3%.

Mortalité rétrospective

Le taux brut de mortalité dans la population générale était faible dans toutes les strates. Il variait entre 0,11 décès/10000 personnes/jour dans la région de Maradi et 0,79 décès/10000 personnes/jour dans la région de Dosso. Le taux de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans le plus élevé se trouve toujours à Dosso 3,99 décès/10000 personnes/jour. Le plus faible taux est enregistré à Tahoua 0,31.

Santé (morbidité et statut vaccinal) des enfants des moins de cinq ans

 La couverture régionale de la vaccination contre la rougeole est de 53,8%. La couverture par strate varie entre 45,9% à Agadez et 84,1% à Dosso.

 La couverture moyenne nationale de la supplémentation en vitamine A est de 37,6%, soit plus de la moitié des enfants n’ayant pas reçu leur dose de vitamine A au cours des six derniers précédant l’enquête. La couverture par strate varie entre 7,5% à Mangaizé et 74% à Dosso.

 La couverture moyenne nationale du déparasitage chez les enfants de 12 à 59 mois dans est de 25,3%, soit environ trois enfants sur quatre n’ayant pas reçu leur dose de déparasitant au cours des six derniers mois. La couverture par strate varie entre 5,6% à Zinder et 52,7% à Dosso.

 La prévalence nationale de la fièvre au cours des deux dernières semaines précédant l’enquête, chez les enfants de moins de cinq ans est de 53,4%. La plus forte prévalence a été observée dans la région de Zinder (69,6%) et la plus faible prévalence dans le camp d’Abala (40,9%).

 La prévalence nationale de la diarrhée au cours des deux dernières semaines précédant l’enquête, chez les enfants de moins de cinq ans est de 30,7%. La plus forte prévalence a été observée dans le camp de Sayam (48,5%) et la plus faible prévalence à Abala (5,9%). Au niveau des régions, la plus forte prévalence a été observée à Zinder (43,6%) et la plus faible prévalence à Dosso (17,9%).

Pratiques de l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant

 Le taux national de mise au sein immédiate au Niger est de 73,8%, soit plus de sept enfants sur dix qui ont été mis au sein dans la première heure de vie. 100% à Agadez à 58,4% à Zinder et 37% dans les zones d’accueil des réfugiés d’Intikane.

 Le taux de l’allaitement chez les enfants de 0 à 5 mois n’a pu être calculée que pour la région de Diffa. Il est de 56,6%, soit plus de la moitié des enfants allaités exclusivement durant les six premiers mois de vie. Ce taux varie par strate entre 15,5% à Nguigmi et 66,7% à N’Gourti.

 Le taux national de la poursuite de l’allaitement jusqu’à l’âge d’un an est de 96,7%, soit la quasi-totalité des enfants allaités par les mères jusqu’à l’âge d’un an. Cette pratique est très homogène dans les régions avec une proportion au-delà de 80% dans toutes les strates.

 La proportion d’enfants bénéficiant d’une introduction d’alimentation de complément à partir de six mois est de 84,4% au niveau national. Cette proportion est très variable au niveau des strates. Elle varie entre 95,8% à Maradi et 63,3% à Dosso.

 La proportion d’enfants de 6 à 23 mois bénéficiant une diversification alimentaire minimale est de 14,2% au niveau national. Elle varie entre 3% à Maradi et 50,8% à Niamey et moins de 10% dans tous les camps de réfugiés.

 La proportion d’enfants de 6 à 23 mois recevant une fréquence minimale acceptable de repas est de 77,9% au niveau national. Au niveau des strates, cette proportion varie entre 61% à Goudoumaria et 88,6% à Maradi. Au niveau des camps, elle est assez faible à Intikane (39.5%), Mangaizé (26,4%) et Tabareybarey (22,2%).

 La proportion d’enfants de 6 à 23 mois bénéficiant d’un minimum alimentaire acceptable est de 10,9% au niveau national. Cette proportion varie entre 0,9% à Agadez à 40,5% à Niamey. Dans la région de Diffa, elle varie de 5,3% dans les sites de déplacés à 21,7% dans le département de Nguigmi. Au niveau des camps, elle est assez faible à Abala (4,7%), Intikane (2,4%), Sayam (2,2%), Mangaizé (0%) et Tabareybarey (0%).

Disponibilité des sels iodés dans les ménages

Les résultats du test rapide ont révélé que 81,8% des ménages disposaient du sel iodé dont 39,4% des sels adéquatement iodés (15 ppm ou plus). En revanche, 18,2% des ménages utilisaient du sel non iodé (0ppm).

Conclusion

Cette enquête a permis d’évaluer la situation nutritionnelle au niveau national en général et en particuliers dans les régions, 5 départements et les sites de déplacés de la région de Diffa ainsi que les camps de réfugiés. Elle a aussi permis de confirmer le statut d’urgence au niveau national en matière de nutrition.

La prévalence de la malnutrition aigüe et celle de la malnutrition chronique au niveau national et régional montrent que l’urgence n‘est pas finie dans le pays.

Les régions de Maradi, Tahoua et Zinder, les départements de Mainé Soroa et N’Gourti ainsi que les camps d’Abala et Tabareybarey sont dans une situation d’urgence nutritionnelle avec une prévalence de MAG dépassant le seuil critique de 15% de l’OMS. Les régions de Diffa et Tillabéry et les départements de Diffa, Goudoumaria, les sites des déplacés et les camps d’Intikane et Mangaizé sont dans une situation alarmante avec une prévalence de MAG entre 10 et 15%. Les régions d’Agadez, Dosso et Niamey ainsi que le département de Nguigmi, et le camp de réfugiés sont dans une situation précaire avec une prévalence de MAG en dessous de 10%. Par rapport à la malnutrition chronique, les régions de Diffa, Maradi et Zinder, les départements de Diffa, Goudoumaria et Nguigmi, les sites des déplacés, les camps d’Abala et Sayam sont dans une situation critique avec une prévalence au-delà de 40%. Toutes les strates exceptées Niamey sont en situation sérieuse.

La mise au sein immédiate est bien pratiquée au Niger, car près trois d’enfant sur quatre est mis au sein dans la première heure de vie. La situation de cette pratique est meilleure à Agadez (100%) où la totalité des enfants sont mis au sein immédiatement après la naissance. Par contre, elle semble moins pratiquée dans les régions de Zinder (58,4%) et Maradi (71,1%).

Plus de la moitié des enfants de la région de Diffa est exclusivement allaité pendant les six premiers mois de vie (56%). Cependant, il y a une grande hétérogénéité au niveau des strates avec des niveaux supérieurs à la prévalence régionale comme à Diffa, Mainé Soroa et Camp Sayam, et un niveau très faible à N’Gourti (15,5%). Le niveau de pratique de l’allaitement exclusif à Nguigmi nécessite une action concrète allant dans le sens de l’amélioration.

L’évaluation a montré qu’en général un enfant sur dix recevait le minimum alimentaire acceptable représentant la synthèse d’une fréquence et d’une diversification alimentaires adéquates en fonction de leur âge. Au Niger, c’est la faible proportion d’enfants bénéficiant diversification alimentaire (14,2%) qui influe négativement sur cet indicateur plus que la fréquence minimale (77,9%) . La diversité alimentaire est faible au niveau de toutes les strates particulièrement bas dans les camps des réfugiés ainsi que les régions de Maradi et Agadez. Le régime alimentaire des enfants de Diffa est moins diversifié et peu d’entre eux reçoivent le minimum alimentaire acceptable. Au niveau strate, c’est la ville de Niamey qui a eu un meilleur niveau du minimum alimentaire acceptable. Tout comme la diversité alimentaire, cet indicateur est assez faible dans les camps de réfugiés ainsi que dans les régions de Maradi et Agadez. Ces résultats montrent la nécessité d’un renforcement des stratégies et interventions ANJE surtout concernant celles visant l’amélioration de la diversité alimentaire.

La couverture de la vaccination contre la rougeole, la supplémentation en vitamine A et le déparasitage est très faible dans la région en général et dans chacune des strates.

La fréquence des morbidités (fièvre et diarrhée) est très élevée chez les enfants de moins de cinq ans.

La proportion de ménages ayant utilisé un sel iodé pour la cuisine, la veille du passage des enquêteurs est 81,6%. Cependant, seul 39,4% disposaient de sels adéquatement iodés est très loin de l’objectif 95% de disponibilité du sel iodé au niveau des ménages pour l’iodation universelle du sel.

Recommandations

Aux vues des principaux résultats issus de cette enquête, les recommandations suivantes sont formulées :

1. Renforcer la surveillance nutritionnelle à travers le système de routine et intensifier le dépistage de la malnutrition dans les zones les plus affectées, en particulier pendant la période de soudure/pic de malnutrition. Ceci pourra se faire à travers une sensibilisation en amont des femmes ayant été formées sur l’utilisation du PB et la détection des oedèmes afin qu’elles suivent de manière régulière l’état nutritionnel de leurs enfants et dans les zones où les femmes n’ont pas été formées, les relais communautaires prendront le relais en organisant au besoin des séances de dépistages périodiques (évènementielles);

2. Organiser une enquête nutritionnelle nationale basée sur la méthodologie SMART courant août-septembre 2019 et d’autres enquêtes locales au besoin afin d’assurer une continuité dans le suivi de la situation nutritionnelle au fil du temps ;

3. Renforcer la réponse multisectorielle en accélérant la vulgarisation de la Politique Nationale de la Sécurité Nutritionnelle (PNSN),

4. Renforcer les interventions de prévention de la malnutrition en cours de mise en oeuvre dans le pays :

 Renforcer et augmenter la couverture des interventions en lien avec l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE) (mise en place de groupe de soutien ANJE, conseil en ANJE à tous les niveaux de la pyramide sanitaire et communautaire, fortification à domicile à l’aide de poudre de multi-micronutriments ou suppléments à base lipidique, jardins communautaires, mise en place de Foyer d’Apprentissage et de Réhabilitation Nutritionnelle, supplémentation en micro-nutriments (vitamine A, fer-acide folique), déparasitage, etc.) avec un focus sur les 1000 premiers jours ;

 Renforcer les interventions visant l’amélioration de l’alimentation de complément avec un focus sur la diversification alimentaire chez les enfants de 6-23 mois en priorisant les régions de Maradi, Agadez, Tahoua Tillabéry et les camps de réfugiés ;

 Renforcer le conseil ANJE au niveau des structures de santé et au niveau communautaire avec un accent sur l’ exclusif, la poursuite de l’allaitement jusqu’à deux ans ou plus et la diversification alimentaire;

 Renforcer les interventions nutritionnelles ciblant les adolescentes et les femmes enceintes/allaitantes, en particulier avant et pendant le pic de malnutrition ;

 Renforcer les activités du domaine de l’eau, l’hygiène et l’assainissement au niveau des communes les plus vulnérables afin de prévenir les épisodes de diarrhée chez les enfants de moins de 5 ans.

 Renforcer les activités de soins maternels et infantiles (consultations prénatales ; PCIME-communautaire, etc.).

5. Renforcer la prise en charge de la malnutrition aigüe en :

 Elaborant des plans de préparation et de réponse au pic de malnutrition observé chaque année pendant la période de soudure.

 Renforçant la mobilisation communautaire autour de la problématique de la malnutrition afin d’améliorer le dépistage et le référencement des enfants malnutris vers les centres de santé.

 S’assurant que le dépistage de la malnutrition fasse partie intégrante des interventions du secteur de la santé (PCIME-C ; campagne CPS ; campagne de vaccination ; etc.).

6. Renforcer les actions en faveur de l’iodation universelle du sel de cuisine au niveau de toutes les régions, particulièrement dans la région d’Agadez où les populations font l’extraction traditionnelle du sel et dans les régions avec points d’entrée de sels venant des pays voisins (Diffa, Maradi et Tahoua).

Webspace(s): 
Organization(s): 
Government of Niger - Institut National de la Statistique
United Nations Children's Fund
World Food Programme
United Nations High Commissioner for Refugees
Action against Hunger
Save The Children
Cluster(s)/Sector(s): 
Original Publication Date: 
17 May 2019
Document type: 
Assessment Report
Theme(s): 
Food/Nutrition Crisis
Coordination hub(s): 
OCHA Niger
Disaster(s)/Emergency: 
Sahel Crisis: 2011-2017