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Haïti : Aperçu des besoins humanitaires (HNO) 2021

Context et impact de la crise

Depuis plusieurs décennies, Haïti est confronté à des défis socio-politiques, sécuritaires et économiques récurrents qui trouvent leurs origines essentiellement dans des problèmes systémiques et structurels profondément enracinés. Le pays est également très exposé aux aléas du climat et aux effets du changement climatique.

En 2021, 4,4 millions d’Haïtiens et d’Haïtiennes, soit environ 40% de la population[1], auront besoin d’une assistance humanitaire. Les soubresauts politiques, les tensions sociales, le sentiment généralisé d’insécurité et d'autres facteurs tels que la pandémie de COVID-19 ou les aléas climatiques ont contribué à réduire la capacité des ménages à couvrir leurs besoins et accéder aux services essentiels. L’année 2020 a été marquée par la pandémie de la COVID-19, par le passage de la tempête tropicale Laura et par des événements socio-politiques importants. Elle a aussi été émaillée par de nombreux actes de violence et d’insécurité qui se sont amplifiés au cours du second semestre. Dans un contexte fragilisé par les tensions politico-sociales des deux années précédentes, ces événements ont contribué à dégrader davantage la situation économique du pays, réduisant le pouvoir d’achat d’une grande partie de la population et aggravant la vulnérabilité d’un grand nombre d’Haïtiens.

Si l’appréciation de près de 50% de la gourde haïtienne en octobre 2020 a été suivie d’une relative diminution des prix des produits de base, elle a aussi engendré des effets négatifs. Cette appréciation a mécaniquement diminué les capacités financières des organisations et agences internationales dont le budget avait été soumis en dollars américains. Elle a aussi divisé par deux la valeur des transferts d’argent de la diaspora alors qu’en 2020 ceux-ci avaient considérablement augmenté par rapport à 2019.

L’intensification de la violence des gangs a provoqué le déplacement de centaines de familles, principalement dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince où elles vivent dans des conditions de vulnérabilité extrême. De plus, les nombreux kidnappings, meurtres, viols et autres actes de violence contre les personnes ont contribué à renforcer un sentiment d’insécurité généralisé.

Bien que le nombre de cas confirmés de COVID-19 et de décès liés à la pandémie ait été plus faible qu’anticipé, les conséquences secondaires ont eu un impact significatif sur l'accès aux services essentiels et ont augmenté les risques de violence et de stigmatisation. Au 31 décembre 2020, 10 127 cas confirmés et 236 décès avaient été enregistrés.[2]

Le passage de la tempête tropicale Laura le 23 août 2020 a causé des inondations dans plusieurs départements, provoquant la destruction et des dommages à des milliers de maisons, 60 écoles, des routes et autres infrastructures. Certaines routes principales du département du Sud-Est restent encore impraticables, engendrant une augmentation de l’insécurité alimentaire et réduisant notamment l'accès aux services de santé et à l'éducation.

En conséquence, en 2021, plus de 4,4 millions d’Haïtiens seront en insécurité alimentaire et parmi eux, 3,5 millions souffriront de vulnérabilités multi-dimensionnelles. Les femmes, les filles et les garçons, les personnes handicapées, celles en situation de déplacement et les habitants des communes enclavées restent toujours les plus touchés.

 

Causes profondes

L'histoire récente d’Haïti est jalonnée de périodes d'instabilité, de turbulences socio-politiques, de récessions économiques et de catastrophes socio-naturelles dévastatrices. Leurs causes profondes, qui ralentissent le développement durable du pays, sont nombreuses et complexes.

La gouvernance politique est marquée par la faiblesse du cadre institutionnel et constitutionnel, la corruption et la méfiance face aux pouvoirs politiques. Les institutions publiques manquent de ressources financières et humaines, ce qui réduit fortement la capacité de l’État à offrir des services de qualité et de lutter efficacement contre le phénomène de paupérisation de sa population. Ceci se traduit par une culture permanente de protestation, entravant ainsi même la moindre avancée. La violence est devenue le principal moyen de pression. La corruption et l'évasion fiscale sont omniprésentes et les mécanismes de contrôle et de responsabilité sont faibles. Le manque de volonté politique et la faiblesse des forces de sécurité et du secteur de la justice pour résoudre le problème de la violence communautaire et l'impunité des violations des droits de l’homme aggravent une situation déjà tendue.

L’économie haïtienne est en proie à de sérieux défis structurels et conjoncturels. La croissance démographique augmente de près de 1,5% chaque année, un taux supérieur au taux moyen de croissance du produit intérieur brut (PIB) estimé à 1,1% au cours des cinq dernières années. Cette croissance du PIB est donc largement insuffisante pour sortir les Haïtiens de la pauvreté et de l’extrême pauvreté et contribue à renforcer les inégalités sociales. Le secteur privé est affaibli par des pratiques protégées, monopolistiques et privilégiées bénéficiant aux élites commerciales axées sur les importations et qui parfois ont recours à la violence pour bloquer les réformes. L’activité économique est, pour 70% des produits de consommation, entre les mains de quelques conglomérats (et familles), qui ont reçu des licences et des concessions sur des produits de première nécessité. Cette situation accentue la pauvreté, non seulement en raison des prix élevés mais aussi parce que l’entrée de nouveaux entrepreneurs ou producteurs, potentiellement créatrice de richesses et d’emplois, est entravée par les pratiques monopolistiques.

Par ailleurs, au cours des dix dernières années, d’importants dommages ont été causés par des catastrophes socio-naturelles, qui ont particulièrement affecté les groupes vulnérables et détruit les infrastructures, limitant fortement l'accès aux services essentiels. Le milieu scolaire, avec environ 21 000 écoles et une population de plus de quatre millions d'élèves, est particulièrement touché. Rien qu’au cours de la décennie 2010-2020, plus de 6 000 écoles ont été détruites ou sérieusement endommagées par des catastrophes naturelles. Les efforts, la volonté politique, et les ressources allouées à la gestion et la réduction des risques de catastrophes restent limités et les actions de développement sont souvent remises en cause par les effets dévastateurs des aléas naturels. Entre 1998 et 2018 la moyenne sur cinq ans du nombre de personnes affectées par un désastre est passée de 4 205 à 11 753 pour 100 000 habitants, soit une augmentation de 180% en 20 ans.

 

Portée de l’analyse

Les enjeux humanitaires en Haïti se caractérisent surtout par un déficit important du développement. Les avancées sur la résolution des problématiques structurelles sont continuellement menacées en raison du peu de progrès réalisés dans les domaines de la gouvernance, de la justice, de l’impunité, de la paix, et de la transformation économique. Tant dans les communes rurales qu’en zones urbaines, l’augmentation régulière de la violence, des tensions sociales et de l’insécurité trouvent leurs origines dans l’incapacité à mettre en place des solutions durables aux problèmes qui gangrènent le pays. Cet état de fait a pour conséquence une augmentation des vulnérabilités aiguës sur l’ensemble du territoire. L’analyse des besoins humanitaires 2021 a donc une portée nationale qui visera cependant à examiner plus spécifiquement les groupes les plus à risque tels que : (1) les femmes et les filles (en âge de procréer, enceintes / allaitantes et adolescentes, mères célibataires), (2) les enfants (de 0 à 5 et en âge scolaire), (3) les personnes âgées, (4) les personnes en situation de handicap, (5) les personnes en situation de déplacement (déplacées / retournées / expulsées / rapatriées) et (6) les personnes vivant dans les zones reculées ou enclavées.

Les discussions de groupes organisées dans différents départements du pays, notamment avec des associations de femmes et de personnes handicapées, ont indiqué clairement qu’en 2020 les conséquences de la crise socio-politique de 2018-2019 (“peyi lòk ”) se juxtaposent à celles de la crise de la COVID-19 et de la dégradation de la situation économique. La portée de l’analyse des besoins humanitaires n’a donc pas fait l’impasse sur l’impact cumulatif de ces chocs.

 

Conditions humanitaires, sévérité et personnes dans le besoin

Les effets combinés de ces chocs ont infligé traumatismes physiques et détresse mentale, menaçant le bien-être et les conditions de vie de la population haïtienne.

Au cours de l’année scolaire 2019-2020, 4 millions d’enfants ont été privés de l’accès à l’école et souvent laissés à la charge des parents, provoquant de nombreuses tensions au sein des familles et augmentant les risques de protection à l’encontre des enfants. En Haïti, on estime qu’une fille sur quatre et un garçon sur cinq sont victimes de violences sexuelles et que 85% des enfants subissent une discipline violente dont 14% une discipline violente extrême. Les partenaires du secteur Protection estiment que le nombre de grossesses précoces aurait également augmenté en raison de la pandémie de la COVID-19. Cette tendance pourrait être corroborée par l’augmentation de 377% du nombre de cas de violence basée sur le genre (VBG) rapportés et pris en charge par les institutions sanitaires entre janvier et septembre 2020 (1 778) comparé aux douze mois de 2019 (247).

L’accès aux soins de santé et aux services d’eau, d’hygiène et assainissement s’est considérablement réduit, provoquant une baisse des activités d’immunisation, une recrudescence des cas de maladies diarrhéiques, principales causes de malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans, et une augmentation de la mortalité maternelle.

De plus, le contexte agro-climatique d’Haïti en 2020, caractérisé par des précipitations inférieures à la normale, a contribué à l'augmentation du nombre de personnes en insécurité alimentaire (phase 3 et 4 de l’IPC). En mars 2021, ce chiffre pourrait atteindre 4,4 millions, soit 46% de la population analysée.[1]

Le durcissement des mesures mises en place dans les principaux pays d’accueil et la crainte de se faire contaminer par la COVID-19 a provoqué le retour de nombreux migrants haïtiens. Entre mars et novembre 2020, 222 061 sont retournés volontairement de la République dominicaine[2]. Malgré la pandémie, les déportations et rapatriements n'ont pas cessé au cours de l'année 2020. Plus de 1 050 ressortissants haïtiens ont été déportés entre juin et décembre 2020 par avion et/ou par voie maritime depuis les Bahamas, la Guadeloupe, la Martinique, le Mexique, le Chili, des États Unis et d’autres pays.

En conséquence, en 2021 pas moins de 4,4 millions de personnes (près de 40% de la population) auront besoin d’assistance humanitaire, dont 3,7 millions parmi les groupes très vulnérables :

  • 1,2 million de femmes enceintes, allaitantes, mères célibataires, à risque ou victimes de violences,
  • isolées et les travailleuses du sexe ;
  • 2,2 millions d’enfants de moins de 5 ans ou en âge scolaire ;
  • 435 600 personnes âgées ;
  • 626 900 hommes, femmes et enfants en situation de handicap ;
  • 114 500 personnes en situation de déplacement (PDI, retournées, rapatriées, expulsées) ;
  • 1,1 million de personnes vivant dans les zones enclavées.
Operation(s)/ Webspace(s): 
Organization(s): 
United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
Original Publication Date: 
03 Mar 2021
Document type: 
Humanitarian Needs Overview
Location(s): 
Haiti
Theme(s): 
Food/Nutrition Crisis
Humanitarian Assistance
Integrated Food Security Phase Classification (IPC)
Natural Disasters
Needs Assessment